Pourquoi j’ai décidé de dire non

Il y a une semaine je dénonçais sur Linkedin la prise de contact en « mode meetic » sur ce réseau orienté vers un public dit « le haut du panier ». Si si, le haut du panier si. Quand on parle de réseau professionnel, on évite de faire n’importe quoi.

Et puis, outre le fait de faire un total de plus de 15.000 vues, ce qui me fait réagir ce sont les commentaires. Je trouve que c’est dingue le nombre de personnes qui trouvent des circonstances atténuantes à ce genre de comportement. Et le plus dingue encore, c’est que ces messieurs s’excusent pour leur pairs et ces dames trouvent des excuses à ces messieurs.

Bon OK, c’est une illustration « douce » que celle que j’ai posté. J’aurais pu publier nettement pire, mais alors vous auriez eu une grosse tâche noire au milieu de la capture d’écran. Tout aurait été censuré.

Et puis, fait exprès, je vois un sondage lancé par Gaël Chatelain-Berry sur le sexisme « ordinaire ». Je réponds. J’ai très envie d’en dire plus. Alors voilà, je prends ma plume et je vais vous raconter, à vous, qui présumez innocent, à vous qui jugez sans savoir, à vous qui levez les épaules, à vous qui soufflez derrière votre écran, pourquoi il est important de dire non. Et à vous aussi, qui n’arrivez pas encore à dire non.

Précaution avant lecture : dans un souci de confidentialité et de protection de moi-même je ne donnerai ni le nom de l’entreprise, ni le nom des personnes dont je vais faire cas. C’est une expérience personnelle, vécue. Rien n’est rajouté ou retranché. Modéré quand même, car grâce à Dieu, je suis guérie. Et pour les personnes qui reconnaîtront mon histoire, je vous demande votre discrétion, et peut-être même votre soutien. Pas pour moi, mais pour ces personnes qui, comme moi, connaissent ce type de harcèlement et qui ont besoin qu’on les écoute.

Marc vient d’arriver dans l’entreprise pour laquelle je travaille depuis bientôt un an. Marc est un nouveau directeur qui remplace une personne avec qui j’ai beaucoup aimé travailler. Une de mes missions est d’accueillir les nouveaux arrivants dans l’entreprise pour qu’ils puissent s’intégrer rapidement dans leur équipe. Il se trouve que je m’entends bien avec Marc. Nous partageons plusieurs centres d’intérêts et nous avons un humour assez fin. Pour citer un ami à moi, « nous avons le sens de la formule. »

Marc et moi échangeons régulièrement à la machine à café et en pause déjeuner. Nous parlons de tout et de rien. Marc et moi avons 20 ans de différence. Marc est marié et a un enfant. Marc devient un ami. Nous dînons ensemble parfois. On se raconte nos problématiques du bureau. On se soutient dans les moments difficiles et on s’apporte de l’aide avec nos compétences respectives. Marc est attentionné et choisit ses mots quand il s’adresse à moi. Il me parle souvent de sa femme qu’il aime tendrement mais dont il est éloigné la semaine. J’essaye de lui donner des conseils, parce que c’est important pour moi que mon ami Marc se sente bien dans son couple.

Il se trouve que Marc et moi nous entendons bien aussi avec Ghislaine et Philippe qui travaillent avec nous. Alors, il nous arrive de nous retrouver pour manger ensemble. Nous rions de bon cœur et passons de bons moments entre collègues.

Un soir, Marc me propose de dîner en ville, dans un restaurant Espagnol que nous aimons bien. Marc passe me prendre chez moi, et nous voilà parti pour passer une bonne soirée, entre amis.  Nous arrivons au restaurant, on commande des tapas et un peu de sangria. Au bout de deux heures, nous décidons de rentrer, « demain y a boulo quand même ».

Sur le chemin qui nous ramène à la voiture, Marc me prend la main. Je me raidis et lui demande pourquoi il me tient la main. Il me dit « dans une autre vie, toi et moi, cela aurait été possible ». Je réponds que nous ne sommes pas dans une autre vie, que c’est donc impossible et que nous sommes des amis. Je commence à me sentir mal à l’aise. J’ai identifié Marc comme quelqu’un d’inoffensif. Cela fait un an que nous nous connaissons. J’ai peut-être mal compris. La sangria me monte à la tête. Nous arrivons à la voiture. Je m’installe devant. J’attache ma ceinture. Il attrape de nouveau ma main, dépose un bisou dessus et la pose sur sa cuisse. Je me fige.

– Je suis content que nous ayons passé cette soirée ensemble.

-… oui.

Je me force à sourire et souffle un « moi aussi ». Je récupère ma main. Je dois rentrer chez moi.

Oui je sais, là derrière vos écrans vous vous dites « mais pu**** pourquoi tu sors pas de cette voiture ?! Casse-toi, appelle un ami, vite cours ! », ou un « ouai bon, il a tenté quoi ».

Voyez, il y a toujours cette nuance qui fait la différence entre celui qui sent l’embrouille arriver et celui qui la minimise.

Je reste donc dans la voiture. Nous sommes à vingt minutes de mon appartement. Vingt petites minutes et tout ça sera derrière moi. Je me cale le plus à l’extérieur de mon siège. Je me colle à la fenêtre et fait mine d’être hyper intéressée par ce qu’il se passe dehors. Même sur l’autoroute. Je sursaute. Il pose sa main sur ma cuisse. Je commence à avoir peur. Je prie dans ma tête. Encore dix minutes.

-J’aime ces moments passés avec toi.

-Oui Marc, fais attention à la route.

Il remet la main sur son volant. J’anime une conversation, avec un sujet du boulo, parce que si je l’occupe, il ne pensera plus à poser sa main sur moi. Ça marche. On arrive. Il tient à me ramener devant ma porte. Le véhicule s’arrête. Enfin. Je me tourne pour lui dire bonne soirée. Sa main attrape mon coup et l’autre me force le bras. Et là, d’un coup, me survient de nulle part, une force herculéenne. Je m’extirpe de la voiture. Je rentre chez moi. Je ferme la porte à clé. Je suis en sécurité, ça y est. Je m’effondre.

Là vous vous dites « mais bor*** !! et ta main dans sa face, jamais ? », ou « pourquoi t’es pas sortie avant ? A ta place je l’aurai défoncé le mec », ou encore le « ouai il a tenté quoi ».

S’il avait été un inconnu je lui aurais pété le nez, le bras et les dents avec. Mais il n’était pas un inconnu. Et tout le long de ce chemin, j’ai essayé de me convaincre que je me trompais. Nous sommes « amis ».

Alors que je pensais que le pire était derrière moi, c’est là que l’enfer a commencé. Le lendemain, j’ai respiré un bon coup et je me suis dit que j’allais tirer cette affaire au clair. Que c’est peut-être de ma faute, je n’ai pas dû envoyer les bons codes.

Voyez, on sait se les trouver les circonstances atténuantes. Même quand ça nous arrive à nous. Cette tendance à pas s’écouter …

Je rentre d’un pas décidé dans son bureau. Il se lève pour me faire la bise.

-Reste assis.

Je ferme la porte.

-Qu’est ce qu’il se passe Coco ?

-Marc, je suis désolée si je n’ai pas envoyé les bons codes, mais tu t’es mépris sur moi. Je ne suis pas du tout intéressée pour qu’il se passe quelque chose entre toi et moi. Nous sommes amis. Je te rappelle que tu es marié, que nous avons 20 ans de différence. Il n’a jamais été question de plus …

-Attends mais je t’arrête tout de suite, je n’attends rien de toi.

Premier choc. Quoi ?

-Mais Marc, hier soir, tu as essayé de m’embrasser quand tu m’as ramené. Tu m’as pris par la main, tu as posé ta main sur ma cuisse…

-Oh mais non Coco, tu sais bien que je suis tactile.

-Non Marc, pas comme ça. Bref. Quoiqu’il en soit, moi je l’ai mal vécu et je ne veux plus jamais que cela se reproduise. Avec ce que tu me dis, ça confirme ce que je pense. Tu n’as pas de bonnes intentions à mon égard. Nous allons prendre nos distances si tu veux bien.

-Mais c’est impossible ! tu es mon amie !

Deuxième choc. Il ne cherche pas à s’excuser. A sa place je serai terriblement confus, si j’étais innocent.

-Tant pis. Laisse-moi du temps.

Je suis sortie de son bureau, complètement désorientée. Je ne me suis pas laissée abattre.

Là vous vous dites « wow, chelou le gars », ou alors « mais non, tu vois bien que c’est un mal entendu, arrête de boire de l’alcool » , et toujours le « ouai, il a essayé quoi ».

La journée se passe. Arrive le soir. J’ai du travail et je suis la dernière dans mon bureau. Je me lève enfin pour partir quand Marc arrive dans l’encadrement de la porte. Il me bloque le passage. Il m’attrape le cou et me force à baisser la tête. Il me fait un bisou sur le front et rajoute « tu vois, c’est ça que je voulais faire hier. Tu te trompes ».

Là on est tous d’accord pour dire que non seulement je ne me suis pas trompée mais que en plus, il est dingue.

Je n’irai pas plus loin dans le récit. Sachez que c’est une happy end ou le méchant meurt à la fin et que la gentille s’en sort. Et s’en sort même vachement bien.

OK ON A COMPRIS !

Ce qui compte ça n’est ni votre appréciation, ni de dire qui est coupable. Non, on s’en fiche de ça.  Je n’écris pas pour faire ressortir une vielle affaire en mode COLD CASE, mais pour dénoncer le silence, pour dénoncer le manque de considération, pour dénoncer les circonstances atténuantes. Ce qui n’est « pas grave » ou « exagéré » pour vous, est peut-être complètement destructeur pour l’autre.

La lutte contre le harcèlement sexuel et ses agressions sont un gros sujet. Et il ne concerne pas que les victimes. Nous sommes tous acteurs. N’oubliez pas que la considération et la compassion sont des maîtres mots dans nos relations. Apprenez à penser avec le coeur, avant de réfléchir avec la tête.

Dans cette histoire, ce qui compte c’est comment moi j’ai vécu cette intrusion. Ce qui compte, ce sont les traces que va laisser cette intrusion dans mon corps, dans mon cœur et dans mon comportement. Ce qui compte c’est que j’ai jugé que non, et qu’il a estimé que oui. Et que même mon non a été remis en question. Quand c’est non, c’est non. Point barre. Pas la peine de discuter, cherche pas, c’est non. T’as compris main’nant ?

Tout ça pour dire quoi ?

Le sexisme en entreprise, ça ne démarre pas forcément par le pire. C’est doucement et sûrement, avec ces petits compliments déguisés. Oulah! je vous vois venir avec vos gros mots « chasse aux sorcières ». Il ne s’agit pas de se méfier ou de suspecter chacun de vos collègues. Il y a bien un équilibre dans tout ça. Il passe par ce sixième sens que vous avez mesdames et messieurs aussi. Et quand il se met en marche, vous avez le droit de dire non. Dites non parce que vous vous aimez, parce que vous vous respectez et que si ça blesse la personne d’en face on s’en fou. Trouver vos limites et ne faites jamais traverser cette zone de sécurité si vous n’êtes pas pleinement en phase avec votre interlocuteur, à chaque moment de la relation.

Ça, c’est une des règles d’or que je transmets à toutes les personnes que je rencontre, dans mon taff ou dans la vie de tous les jours.

Dire non c’est vous aimer.

Dire non c’est #faireladiff

A bon entendeur,

Coralie GRAMBIN – COACH PROFESSIONNEL & PERSONNELPERFORMATEUR DE COMPETENCES – 06 08 65 48 51 – parlezdevous@outlook.fr

Ah oui, et pour ceux qui persisteraient, mon frère, c’est le cousin de Hulk. Il aime pousser des voitures avec nous dedans pour se faire les muscles. Bref, il vous bouffe 😉

Ça c’est ce qu’il fait quand il se réveille #mastersdibars

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